Pourquoi le manga se lit à l’envers ? Parce que le japonais s’écrit traditionnellement en colonnes verticales, de haut en bas, et que ces colonnes se suivent de droite à gauche. Un livre japonais s’ouvre donc par ce qui, pour nous, est la dernière page, et les cases d’un manga suivent le même sens que le texte des bulles : de droite à gauche. En France, les éditeurs conservent ce sens depuis le milieu des années 1990, par respect pour l’œuvre et pour éviter le coût d’un retournement des planches.
Pourquoi le manga se lit à l’envers : l’écriture verticale japonaise
Comme le chinois et le coréen, le japonais s’écrit traditionnellement à la verticale (tategaki) : on lit une colonne de haut en bas, puis on passe à la colonne située à sa gauche. Les livres écrits ainsi sont reliés à droite et leurs pages avancent vers la gauche. C’est l’inverse d’un livre français.

L’écriture horizontale de gauche à droite (yokogaki) existe aussi au Japon. Elle est arrivée à l’ère Meiji (1868-1912) avec les dictionnaires de langues occidentales, et elle est aujourd’hui fréquente, notamment dans les supports qui mêlent de l’anglais. Mais les romans, les journaux et la plupart des mangas restent en écriture verticale.
Dans un manga, les dialogues sont donc écrits en colonnes, dans des bulles souvent hautes et étroites. Le dessinateur organise la page pour que l’œil suive le texte : les cases s’enchaînent de droite à gauche, et les pages aussi. Certains auteurs écrivent même une réplique à l’horizontale pour signaler qu’un personnage parle une langue étrangère.
Comment lire un manga dans le bon sens
- Ouvrez le livre par la « fin » : la première page est celle qui serait la dernière d’un roman français. La couverture est à droite.
- Lisez chaque double page de droite à gauche : la page de droite d’abord, puis celle de gauche.
- Dans une page, partez de la case en haut à droite, avancez vers la gauche, puis descendez à la rangée suivante.
- Les bulles suivent le même ordre : celle de droite avant celle de gauche, celle du haut avant celle du bas.
- Le texte français reste horizontal : à l’intérieur d’une bulle, vous lisez normalement, de gauche à droite.
Exception : les yonkoma, des histoires courtes en quatre cases, se lisent de haut en bas. Et ce point 5 est justement la petite difficulté des éditions françaises : les mots se lisent dans un sens, les cases dans l’autre. On s’y habitue en quelques pages.

Pourquoi les premiers mangas publiés en France étaient retournés
Les mangas arrivent en France dans les années 1970, mais ne sont pas publiés dans leur sens d’origine avant le milieu des années 1990. Dès 1978, le fanzine Le Cri qui tue traduit Golgo 13, des récits d’Osamu Tezuka ou de Yoshihiro Tatsumi, avec des planches toutes adaptées au sens de lecture européen.
Quand Glénat lance Dragon Ball en 1993, la première édition en librairie suit elle aussi le sens occidental. La méthode la plus simple consiste à retourner les images comme dans un miroir, avec deux défauts visibles : les textes du décor sont inversés et tous les personnages deviennent gauchers. Une autre méthode, plus fidèle mais plus chère, consiste à remonter les pages et à redessiner certains éléments ; Casterman l’a pratiquée dans sa collection Écritures.
Comment le sens japonais est devenu la norme
- 1995 : Tonkam publie RG Veda, du groupe CLAMP, dans le sens de lecture japonais. C’est le premier éditeur français à le faire, pour des raisons de coût et de respect de l’œuvre.
- 1995 : selon les travaux de la chercheuse Bounthavy Suvilay, Akira Toriyama (Dragon Ball) demande que ses œuvres publiées à l’étranger gardent le sens original. Tite Kubo (Bleach) fera de même.
- Ensuite : la pratique se généralise. Pika insère des avertissements pour guider le lecteur, J’ai Lu numérote ses cases, et Glénat passe One Piece au sens japonais à partir de 2003.
- Aux États-Unis : en 2002, l’éditeur Tokyopop lance sa gamme « 100% Authentic Manga », non retournée et avec les onomatopées japonaises d’origine. Sans l’étape du retournement, il publie trois à six fois plus vite que ses concurrents. Le sens japonais devient la norme américaine au début des années 2000.
Aujourd’hui, la plupart des éditeurs français publient dans le sens japonais. Le revers : le lecteur habitué à la bande dessinée franco-belge, codifiée de gauche à droite depuis Rodolphe Töpffer, risque de lire la chute d’un gag avant son début. Un risque qui s’efface vite chez les lecteurs réguliers.
Les idées reçues à oublier
- « Le sens de lecture aide à mieux comprendre l’histoire » : non, il découle simplement de l’écriture japonaise. Un lecteur japonais ne lit pas un manga « à l’envers ».
- « Les mangakas ont adapté leur dessin aux lecteurs européens » : non. Ce sont les éditeurs français qui ont adapté les planches, en les retournant, avant d’y renoncer. Les grands yeux, eux, existaient bien avant l’arrivée du manga en Europe (voir pourquoi les personnages de manga ont de grands yeux).
- « Le manga est en noir et blanc par choix artistique » : surtout par économie. Les séries paraissent d’abord dans des magazines de prépublication bon marché, à un rythme soutenu, puis en volumes reliés.
Et les webtoons ?
Les webtoons, nés en Corée du Sud, ne posent pas cette question : chaque épisode forme une longue bande verticale, pensée pour défiler sur un smartphone, de haut en bas. Ils sont aussi le plus souvent en couleurs, contrairement à la majorité des mangas.
Vous hésitez encore entre lire une série et la regarder ? Mon comparatif manga ou anime vous aide à choisir. Et si votre collection déborde des étagères de mangas, ma rubrique figurines suit les précommandes et les guides pour les collectionneurs.
Questions fréquentes
Dans quel sens lit-on un manga ?
De droite à gauche : on ouvre le livre par ce qui serait la fin d’un livre français, puis on lit les pages et les cases de droite à gauche, de haut en bas. Le texte des bulles, lui, se lit normalement.
Pourquoi certains vieux mangas se lisent de gauche à droite ?
Jusqu’au milieu des années 1990, les éditeurs français retournaient les planches pour les lecteurs habitués à la bande dessinée européenne. C’est le cas de la première édition de Dragon Ball chez Glénat.
Le japonais s’écrit-il toujours de droite à gauche ?
Non. L’écriture verticale, en colonnes de droite à gauche, reste courante dans les romans, la presse et les mangas, mais l’écriture horizontale de gauche à droite est aussi très utilisée, notamment dans les supports qui mêlent de l’anglais.
Pourquoi ne pas retourner les mangas pour les lecteurs français ?
Le retournement coûte cher, ralentit la publication et abîme l’œuvre : textes du décor inversés, personnages devenus gauchers. Plusieurs auteurs, dont Akira Toriyama, ont demandé que leurs pages restent dans le sens original.
Mis à jour le 14 octobre 2026 par Anthony Courtin.



